Le bois mort regorge de vie ! Oiseaux, mammifères, insectes, champignons, bactéries : un grand nombre d’espèces est strictement lié à cet habitat particulier. Ce n’est pas un hasard : le bois mort se décompose lentement sous l’action des microorganismes, ce qui offre aux êtres vivants un milieu stable pour se protéger et se nourrir sur un temps long.
Aujourd’hui nous faisons un focus sur les seuls êtres capables de décomposer le bois mort : les champignons ! Je vais vous présenter dix espèces de champignons saprophytes, pour vous faire découvrir une variété de formes et de couleurs insoupçonnée 😊
Les champignons saprophytes
Saprophyte signifie « qui se nourrit de matière végétale morte ».
Première précision : tous les champignons qui poussent sur le bois mort ne le décomposent pas. Le bois n’est pas une structure unique et uniforme, il faut donc avoir plusieurs cordes à son arc pour le décomposer. Eh oui, et la tâche la plus ardue, c’est de casser une molécule organique très grosse et complexe : la lignine. Certains champignons n’en sont pas capables et se nourrissent de cellulose, un autre composant plus simple à digérer. Dans ce cas, ils laissent derrière eux des petits cubes bruns riches en lignine et très durs à décomposer. Ceux qui se nourrissent de lignine en revanche laissent derrière eux la cellulose, ce qui rend le bois blanc et très friable. On les appelle communément « pourritures blanches » et ce magnifique champignon bleu turquois en fait partie.

Un premier champignon bien bizarre ! C’est un ascomycète, qui produit ses petites spores dans des cellules spéciales appelées asques, et les éjecte depuis la surface supérieure de ses apothécies (ces espèces de trompettes qui dépassent du bois). Son mycélium est coloré est donne une teinte turquoise au bois mort.
Dans les ascomycètes, nous trouvons aussi un champignon très commun mais qui passe souvent inaperçu. Pendant la plupart de l’année, il est tout noir, et forme des mini « arbres » coriaces qui dépassent des souches mortes. Vers la fin de l’année, ses pointes prennent une coloration blanche, et si on les secoue avec le doigt, un nuage blanc se disperse ! Ce sont des petits clones de Xylaria hypoxylon.

Changeons de groupe et passons dans les basidiomycètes maintenant, qui produisent donc leurs spores dans des cellules appelées basides. Celui-ci est lui aussi très commun mais discret : il forme des petits nids avec des petits œufs au fond, tout mimi. Il peut former des troupes importantes et recouvrir des grandes branches en décomposition : c’est le Cyathe strié (Cyathus striatus). D’autres cyathes sont présents dans nos régions, comme Cyathus olla dans les milieux ensoleillés ou Crucibulum crucibuliforme dans nos bois. Dans la photo, on remarque que certains « nids » sont encore jeunes et complètement fermés, d’autres sont ouverts mais recouverts par une membrane blanche (les spores ne sont pas encore mûres alors le champignon les protège), et d’autres sont ouverts et on y retrouve les petites « lentilles » qui contiennent les spores.

Un champignon que vous n’oublierez pas si vous le rencontrez dans la nature : il est lilas-grisâtre, parfois brun, avec une chair gélatineuse et des longs aiguillons sous le chapeau…déjà à la descriptions, ça fait rêver ! Il décompose le bois des conifères, voici le Faux-hydne gélatineux (Pseudohydnum gelatinosum). Si vous regardez bien la photo, il y a un intrus tout bouffé juste à côté…

Dans la série des champignons rigolos, voici le Schizophylle commun (Schizophyllum commune). Bon, déjà le nom peut paraître bizarre : rien à voir avec quelconque maladie connue, schizo vient du grec et signifie « fendu », phyllum signifie « feuille ». En effet chaque lame (vous les voyez en haut à gauche, de couleur chair) est en réalité composée par deux lames accolées, d’où l’impression que ses lames soient fendues. Le chapeau est recouvert de poils blancs qui lui donnent l’aspect d’une petite touffe, mais sa chair est caoutchouteuse et il n’est pas doux au toucher. Aussi, ses spores ont la capacité de germer à l’intérieur de notre organisme, alors même s’il est joli, laissons-le dans la nature…

Retournons à des formes plus classiques, avec un pied, un chapeau, des lames…
Ici, un champignons qui a l’air normal, mais qui ne l’est pas du tout ! C’est un champignon qui saigne… La mycène à lait rouge (Mycena haematopus) est une petite merveille qui laisse couler un liquide rouge sang si on la blesse. On en voit encore les traces à niveau des flèches ! Pas facile à voir mais fascinant 😊 Elle possède aussi l’arrête des lames bordée de rougeâtre, mais ce n’est pas visible sur ces photos…alors, je vous fais un cadeau juste après pour comprendre ce que cela signifie !

Petit bonus pour les mycènes à lames bordées : voici Mycena seynii, la mycène des cônes de pins, qui pousse sur…bah oui sur les cônes de pin, et possède une élégante ligne brun pourpre sur l’arrête des lames. Trop beau !

Avec une silhouette filiforme et un petit chapeau en parachute, voici maintenant les marasmes. Le nom ne leur rend pas justice !! C’est une autre merveille de la nature, petits et adorables. On les retrouve souvent sur les rameaux, les herbes mortes, les feuilles sèches. Tout d’abord, un marasme assez commun, le marasme petite roue (Marasmius rotula). Il a un pied filiforme coriace, foncé en bas puis beige et blanc en haut, quelques lames bien formées sous le chapeau qui se réunissent autour du pied dans une structure appelée pseudocollarium, qui ressemble à…une petite roue.

Et dans les tout petits champignons blancs trop jolis, comment ne pas vous montrer Marasmiellus candidus, le marasme blanc. Tout petit, fragile, avec des lames mal formées et interveinées (on voit comme des veines en relief entre les lames), au petit pied courbé, avec un petit pâté à sa base, là où il se colle aux débris végétaux. Il vit en groupes sur les rameaux tombés. Un de mes préférés !

Et parce que j’aime les contrastes, nous allons passer à un énorme champignon qui dégrade notamment les hêtres, l’Amadouvier (Fomes fomentarius). Il était anciennement utilisé pour allumer le feu (d’où le nom d’amadou pour différents matériaux allume-feu) (vous vous attendiez à une parenthèse qui fasse référence à autre chose ? 😉) et pour créer des sortes de cuirs de champignon. On en retrouve souvent plusieurs carpophores sur le même tronc, c’est impressionnant.

Vous l’aurez compris : nombreux sont les champignons qui nécessitent de bois mort, de toutes les espèces et toutes les dimensions, pour s’épanouir. Ils sont fascinants à regarder, et souvent l’utilisation d’une loupe de botaniste, d’une loupe binoculaire voire d’un microscope nous révèle encore plus de détails époustouflants sur ces organismes.
Une prochaine fois, je vous montrerai un groupe de champignons qui ne ressemble à rien quand on le regarde de loin : vous en avez tous déjà vu, ce sont ces « trucs » étalés ou presque sur l’écorce, plutôt blanchâtres, parfois roses…je parle de nos amies les croûtes ! Enfin, les champignons corticiés, pour leur montrer tout mon respect 😊 Il y en a partout autour de nous et si on s’arrête à les regarder, ils ont des formes macroscopiques étonnantes, avec des aiguillons, des dents, des vagues… Et quand on regarde la structure de leurs cellules au microscope, c’est encore plus beau ! Mais tout ça, ce sera pour une prochaine fois…



Bravo, texte bien interessant et belles photos. Vivement la période des champignons mais je vais faire un peu de botanique…
Gérard
Article très instructif, merci Vera ! je voulais savoir sur quelle espèce d’arbre mort le pézize turquoise se développe-t-il ? J’avoue que j’ai un petit coup de coeur pour celui -là et j’aimerais avoir la chance de croiser sa route un jour de balade en forêt …